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OMS / Svetlana Seredina
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Dotés de moyens d’agir, les responsables de laboratoires ouzbeks lèvent le nez du microscope

18 juin 2026
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« Notre travail est remarqué non pas quand nous l’accomplissons, mais quand nous cessons de le faire », explique Rashidbek Abdullaev, virologue au laboratoire régional de virologie de Fergana (Ouzbékistan). « Si les laboratoires cessent de fonctionner, les épidémies se propagent plus rapidement, les maladies ne sont pas détectées et les mesures sont prises trop tard. »

Rashidbek fait partie des diplômés de la première promotion du Global Laboratory Leadership Programme (GLLP) en Ouzbékistan. Ce programme mondial de formation au leadership dans les laboratoires vise à renforcer les systèmes nationaux de laboratoires et à former une nouvelle génération de responsables de laboratoires capables de faire face aux futures situations d’urgence sanitaire. 

Ce programme permet de réunir des spécialistes de la santé humaine, animale et environnementale autour d’une stratégie « Une seule santé ». Le GLLP est mis en œuvre dans le cadre d’une collaboration internationale unique en son genre, à laquelle participent l’OMS, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Organisation mondiale de la santé animale, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et l’Association of Public Health Laboratories.

Un esprit critique, un potentiel exploité 

En Ouzbékistan, ce programme a été lancé à la fin 2024. La première étape a été d’investir dans les personnes chargées d’encadrer les participants aux formations. Des animateurs et mentors nationaux ont suivi une formation spécialisée portant sur les méthodes de mentorat, l’auto-évaluation des compétences, la planification et les techniques de critiques constructives, jetant ainsi les bases d’un réseau d’apprentissage pérenne au sein du système de laboratoires du pays.

En avril 2026, 18 professionnels travaillant en laboratoire ont achevé avec succès ce programme couvrant 9 compétences clés, dont le leadership, la biosécurité, les enquêtes sur les flambées épidémiques, la préparation aux situations d’urgence, la communication et la recherche. 

Pour Rashidbek, le GLLP est devenu un tremplin lui permettant d’exploiter son potentiel au-delà du travail quotidien en laboratoire, en l’encourageant non seulement à renforcer ses compétences techniques et ses aptitudes au leadership, mais aussi à concrétiser ses idées dans le cadre de la recherche appliquée. « Ce programme nous a encouragés à ne pas nous cantonner dans des tâches routinières, mais à faire preuve d’esprit critique, à communiquer, à mener des recherches et à réfléchir à la manière d’améliorer le système », dit-il.

Il a déposé sa candidature pour le GLLP après avoir vu une annonce publiée dans les pages officielles du Comité de santé publique et d’épidémiologie (sanepidcommittee), sur les réseaux sociaux. À l’époque, il pensait qu’il allait suivre une courte formation ou participer à un séminaire professionnel classique. Au lieu de cela, il a découvert quelque chose de différent. « Ce programme nous a montré clairement des problèmes bien réels », note-t-il. « Dès les premières séances, nous avons compris tout ce que nous avions encore à apprendre et à quel point la collaboration intersectorielle est importante. »

Le programme a réuni des spécialistes des domaines de la santé humaine, des services vétérinaires et de la protection phytosanitaire. « Pour la première fois, nous nous sommes réunis pour former une véritable équipe selon le principe d’« Une seule santé », explique Rashidbek. « Cela a été l’une des plus grandes réussites du GLLP en Ouzbékistan. »

Des responsables de laboratoire

Au cours du programme, les participants ont dû mener à bien des projets concrets en lien avec les difficultés rencontrées dans les laboratoires. Rashidbek a choisi un sujet qui le préoccupait depuis longtemps : la culture du leadership au sein des structures de laboratoire. Il a commencé à mener des enquêtes dans les laboratoires des régions et districts, en interrogeant le personnel et les responsables au sujet de la communication, de la dynamique sur le lieu de travail et des pratiques décisionnelles. Dans le cadre de ces enquêtes, il a cherché à déterminer comment les dirigeants géraient des situations concrètes sur le lieu de travail.

« Je voulais comprendre pourquoi de nombreux problèmes sont encore abordés sous un seul angle », explique-t-il. 

Au départ, il considérait ce projet comme une simple condition d’obtention de son diplôme. Puis, lors de son exposé final, Joanna Salvi Le Garrec, conseillère technique pour le renforcement des systèmes de laboratoire à l’OMS/Europe et l’une des animatrices du GLLP, lui a fait remarquer que le sujet tombait à point nommé et méritait d’être approfondi.

« Honnêtement, je n’avais jamais prévu d’écrire un article », déclare Rashidbek. « Mais après cette discussion, j’ai promis que je continuerais. »

Il a étendu le projet à la recherche appliquée et publié avec succès ses travaux dans une revue scientifique, transformant ainsi un devoir de cours en une contribution aux connaissances professionnelles dans le secteur ouzbek des laboratoires. Pour lui, cette publication a constitué la preuve que les professionnels de laboratoire ouzbeks peuvent dépasser le stade des fonctions techniques pour s’orienter vers des rôles de direction, de mentorat et de recherche.

« J’ai cessé d’avoir peur de l’échec »

Aujourd’hui, Rashidbek s’emploie à adapter les supports pédagogiques du GLLP afin de les présenter sous des formats plus simples et plus pratiques pour les spécialistes de laboratoire au niveau des régions et des districts. Les supports de formation initiaux s’appuyaient sur des ressources internationales de l’OMS et sur des cadres de compétences mondiaux. Il souhaite désormais rendre ces concepts plus faciles à comprendre et les appliquer au niveau local. L’objectif de Rashidbek est d’aider les responsables de laboratoires de toute la région de Fergana à renforcer progressivement leurs compétences en matière de leadership, de communication et de préparation aux situations d’urgence, par un mentorat.

« Nous avons appris auprès d’experts internationaux », déclare-t-il. « Maintenant, nous devons transposer ce savoir à notre contexte local afin que les spécialistes des régions, des districts et même des petits laboratoires puissent en tirer parti. » Ce projet reflète l’un des objectifs du GLLP : mettre en place des réseaux nationaux de laboratoires pérennes en investissant non seulement dans des infrastructures, mais aussi dans les ressources humaines.

Avec le recul, Rashidbek trouve que ce programme a transformé ses compétences professionnelles et renforcé sa confiance en lui. Au terme de plusieurs modules et de débats à l’échelle nationale, notamment lors de visites au Sénat, il a commencé à se percevoir sous un autre angle.

« J’ai cessé d’avoir peur de l’échec », dit-il. « J’ai compris que la croissance n’avait pas de limites. Ce qui compte, ce n’est pas le stade auquel nous sommes arrivés. C’est plutôt le fait de savoir si nous allons poursuivre nos avancées. »

Alors que l’Ouzbékistan continue de renforcer sa capacité de préparation à de futures flambées épidémiques et situations d’urgence sanitaire, des programmes tels que le GLLP contribuent à former une nouvelle génération de responsables de laboratoires : des professionnels qui non seulement diagnostiquent les maladies, mais aussi qui améliorent les systèmes, deviennent des mentors pour leurs collègues et produisent des données scientifiques probantes grâce à la recherche.